Ces entrevues ont permis de mettre en lumière une réalité qui ressort aussi des nombreux témoignages recueillis : être embauchée sur un chantier ne signifie pas nécessairement pouvoir exercer le métier qu'on souhaite ou y progresser. Pour certaines femmes qui entrent dans l'industrie par les bassins de main-d'œuvre, le chemin vers le métier convoité peut être particulièrement difficile.
Comment changer les choses ? Plutôt que de s'arrêter aux obstacles, Les Elles de la construction veulent maintenant mettre l'accent sur les solutions. L'idée est simple : repérer ce qui fonctionne, le faire connaître et multiplier les pratiques qui aident les femmes à intégrer un métier, à développer leurs compétences et à y rester.
De l'intégration à la progression : agir sur plusieurs fronts
Être embauchée sur un chantier ne garantit pas qu'on pourra y exercer le métier souhaité et y progresser. Pour y arriver, plusieurs éléments doivent être réunis : avoir accès à la bonne formation, pouvoir apprendre auprès de personnes expérimentées, cumuler des heures de travail et évoluer dans un environnement qui favorise le maintien en emploi.
À travers le programme F.I.C., Les Elles de la construction veulent agir sur différents aspects du parcours des travailleuses : l'accès à la formation, l'apprentissage sur les chantiers et les conditions qui favorisent le maintien en emploi. Voici les principales pistes de travail.
1. Mieux informer pour mieux orienter
Quels sont les chemins pour accéder aux différents métiers ? Quelles formations sont nécessaires ? Quelles sont les possibilités d'avancement ? Les femmes doivent pouvoir obtenir des réponses claires à ces questions pour faire des choix éclairés et planifier leur parcours professionnel.
2. Soutenir les projets de formation
L'industrie de la construction aura besoin de 16 000 nouveaux travailleurs et travailleuses pour répondre à ses besoins de main-d'œuvre. Les entreprises recherchent des personnes qualifiées, et la formation professionnelle représente une voie importante pour accéder aux métiers spécialisés.
Le programme F.I.C. souhaite accompagner les participantes dans leur projet d'études, en tenant compte de leur situation et de leurs objectifs. Certaines participantes de la première cohorte, comme Kathleen et Marie-Pier, ont notamment entrepris un parcours de formation professionnelle.
L'objectif est d'aider chaque participante à trouver la voie qui correspond à son projet et à acquérir les compétences nécessaires pour exercer le métier qui l'intéresse.
3. Faire de la prévention une priorité
Le corps est un véritable outil de travail dans la construction. Savoir l'utiliser, adopter de bonnes méthodes de travail et prévenir les blessures sont essentiels pour exercer un métier durablement.
Les activités portant sur l'ergonomie, la prévention et les méthodes de travail occupent donc une place importante dans le programme. Ce sont d'ailleurs parmi les activités les plus appréciées des participantes. Ces apprentissages peuvent profiter à toute la main-d'œuvre de l'industrie.
4. Mieux tenir compte des réalités du travail sur les chantiers
Les déplacements, la mobilité, les horaires et les responsabilités familiales font aussi partie de la réalité des travailleuses. Comment mieux soutenir celles qui doivent concilier les exigences du chantier et leur vie familiale ? Quelles mesures les entreprises peuvent-elles mettre en place pour faciliter leur quotidien et leur maintien en emploi ?
Le programme souhaite ouvrir la discussion sur ces questions et faire ressortir des solutions concrètes, adaptées aux réalités du terrain.
Un comité pour faire ressortir les pratiques qui fonctionnent
Pour aller plus loin, le programme F.I.C. mettra sur pied un comité réunissant des personnes expertes des secteurs de la construction, de la formation et de l'employabilité, ainsi que des femmes qui travaillent déjà dans l'industrie.
L'idée est de mettre en commun les expériences du terrain. Qu'est-ce qui facilite le quotidien des travailleuses ? Quelles pratiques leur permettent de progresser dans leur métier ? Qu'est-ce que certaines entreprises font déjà et qui pourrait inspirer les autres ?
Le comité aura pour mission de faire ressortir les initiatives qui fonctionnent, de partager les expériences positives et de proposer des pistes d'action concrètes et mesurables.
Les réflexions et les échanges mèneront à la création d'un document de référence qui rassemblera les pratiques efficaces et des solutions concrètes pour favoriser l'intégration, la progression et le maintien en emploi des femmes dans la construction. L'objectif : donner aux travailleuses et aux entreprises des idées applicables et inspirer d'autres milieux à emboîter le pas.
Accompagner les femmes dans leurs choix professionnels
C'est précisément ce passage du chantier au métier que vise le programme F.I.C. des Elles de la construction. À travers des activités pratiques, des visites de chantiers et des rencontres avec des travailleuses, des employeurs et des acteurs de la formation, chaque participante peut explorer différents métiers et mieux comprendre les réalités du travail sur le terrain.
Cet accompagnement leur permet de préciser leurs intérêts, de découvrir les possibilités qui s'offrent à elles et de déterminer les prochaines étapes de leur parcours. Selon leur projet, elles sont ensuite guidées vers les formations et les démarches qui leur permettront de développer leurs compétences et, en priorité, d'obtenir leur carte de compétence.
Au micro du 104.7 Outaouais, Stéphanie Lévesque, entrepreneure générale et chargée de projet F.I.C. aux Elles de la construction, résumait ainsi cet engagement envers chaque participante : « Nous, on va quand même l'accompagner à travers ça, puis on va l'amener jusqu'au bout. »
La prochaine cohorte du programme F.I.C. démarrera à la fin janvier 2027. Parce que favoriser la présence des femmes dans la construction, c'est aussi leur donner les moyens d'y apprendre, d'y progresser et d'y bâtir une carrière.

