Entrevue croisée avec deux femmes dans des métiers non traditionnels
À travers leurs parcours, leurs anecdotes, leurs défis quotidiens et leurs réflexions sur l’égalité, elles ont livré un témoignage authentique, lucide et porteur d’espoir. Un moment vrai et nécessaire, organisé par Les Elles de la construction, qui donne de la visibilité à celles et ceux qui souhaitent évoluer dans une industrie essentielle, exigeante et en pleine transformation.

Un parcours fait d’étapes… et de construction personnelle
Le parcours d’Yvette, à l’image de celui de nombreuses femmes dans l’industrie, s’est bâti étape par étape. Certaines ont été exigeantes, mais chacune a contribué à forger sa solidité, sa confiance et sa place dans le milieu.
Ces expériences lui ont permis de développer :
- la capacité de s’affirmer et de s’inclure,
- la force de trouver et de prendre sa place,
- les compétences pour évoluer et s’épanouir sur les chantiers.
Aujourd’hui, elle partage des outils concrets et des pistes inspirantes pour celles qui souhaitent emprunter ce chemin. Car la construction est une industrie essentielle, porteuse de sens, dans laquelle il est légitime et important d’être fière.
S’outiller, chercher des solutions et avancer ensemble : c’est ce qui permet de bâtir des parcours durables… et des chantiers plus humains.
Recommandations pour un changement durable
Les échanges ont permis de dégager des pistes claires pour améliorer l’intégration et le climat sur les chantiers :
- Mieux préparer les femmes à la réalité du terrain grâce à des stages structurés et encadrés.
- Outiller les gestionnaires et les leaders afin d’instaurer un climat réellement inclusif.
- Développer autant le savoir-être que les compétences techniques.
- Cultiver une culture de respect, de communication et de bienveillance.
- Comprendre que l’intégration des femmes n’est pas un « problème de femmes », mais bien un enjeu de culture de chantier.
Les 5 C de Yvette : une méthode pour de meilleurs chantiers
Yvette propose une approche simple et humaine pour transformer les milieux de travail :
- Cœur : exercer un leadership humain.
- Clean : tolérance zéro envers les propos ou objets sexistes.
- Check-in : prendre le temps de parler individuellement aux travailleurs/travailleuses, sincèrement.
- Compagnon-coach : transmettre le savoir avec pédagogie et respect.
- Courage : agir.

Un vent de changement ?
Oui, un vent de changement se fait sentir sur les chantiers. Les nouvelles générations arrivent avec une plus grande sensibilité, une ouverture accrue et une volonté de faire autrement.
Au sein des Elles de la construction, la réflexion s’inscrit dans le long terme, avec l’objectif de favoriser des accueils mieux structurés et un changement durable. C’est dans cette optique qu’a été développée la certification ESSI (Environnement sain, sécuritaire et inclusif), associée au programme F.I.C.

Cette certification s’adresse aux employeurs qui souhaitent devenir des entreprises témoins, reconnues pour leurs pratiques exemplaires en matière d’intégration et de respect.
Promouvoir la mixité et instaurer un climat de travail ouvert, collaboratif et éthique sont des leviers puissants pour :
- fidéliser les équipes,
- améliorer la performance collective,
- attirer de nouveaux talents dans l’industrie.
L’école : un premier contact structurant
Yvette partage son parcours avec transparence. L’école offre un cadre sécurisant : règles claires, encadrement, accompagnement. Sur le chantier, la réalité est parfois différente.
Dans sa première cohorte de DEP, Yvette est la seule femme parmi 17 élèves. Elle vit l’isolement, le manque de collaboration, puis choisit de changer d’école.
Dans la seconde cohorte, elles sont six femmes. « Tout a changé : le leadership, la cohésion, l’apprentissage. »
Le chantier : une intégration à bâtir
Sur les chantiers, les politiques de sécurité sont souvent bien établies. Mais pour l’intégration humaine, il reste encore du travail.
« On dit : “Voici la nouvelle.” Et après… plus rien. Pas de suivi. Pas d’accompagnement. »
Yvette souligne que l’anxiété d’intégration touche aussi les hommes, mais qu’elle se manifeste différemment. Les femmes, elles, doivent souvent composer avec davantage de résistance.
Stéphanie, qui accompagne travailleurs et gestionnaires, rappelle une réalité souvent oubliée : « On pointe souvent les femmes comme “problème d’intégration”. Mais j’ai vu des hommes pleurer dans mes formations. Des hommes qui vivent des situations toxiques et qui n’ont pas le droit de l’admettre. Selon les mythes : un homme, ça ne pleure pas, ça ne parle pas. »
Un climat lourd affecte tout le monde. Et tenter d’intégrer les femmes sans améliorer le climat général, c’est passer à côté de la véritable solution.
Trouver sa place sans se perdre
« Si tu n’embarques pas dans les blagues, on te met de côté. Si tu parles, tu déranges. Si tu te tais, tu disparais. »
Et oui, cette réalité existe. L’important est de ne pas l’intérioriser. Rester soi-même, poser ses limites et trouver l’équilibre demande du courage et de la constance.
C’est pourquoi ces témoignages comptent. Ils permettent de nommer ce qui se vit, d’ajuster les pratiques et de faire évoluer la culture de chantier. L’objectif est simple : des milieux de travail où chacun et chacune peuvent prendre sa place, faire leur travail et avancer avec respect.
Ce projet a été réalisé grâce au soutien financier du

