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« Prendre sa place, c’est accepter que la vôtre existe » : lettre ouverte de Catherine Martineau
« Prendre sa place, c’est accepter que la vôtre existe » : lettre ouverte de Catherine Martineau

2 novembre 2026

Le 14 octobre dernier, lors du 5 à 7 découverte organisé chez Centura Québec, Catherine Martineau a pris la parole devant 70 personnes. Elle est directrice de la succursale de Québec et la première femme à occuper cette fonction à l’échelle nationale chez Centura. Dans le prolongement de ce moment, elle signe une lettre ouverte, que Les Elles de la construction publient ici avec son accord.

Agrandissement d’un entrepôt de 45 000 pieds carrés, complicité avec les gars de chantier, regard sur 100 ans de présence des femmes sur le marché du travail : Catherine Martineau y livre une vision du leadership fondée sur la compétence, la fiabilité et l’authenticité. Elle y adresse aussi un message clair aux femmes de l’industrie.

> Pour revoir les photos de la soirée, consultez le retour sur l’événement.

AUX FEMMES DE LA CONSTRUCTION

Une leader avant tout

Quand on m’a demandé de venir parler de mon parcours comme femme leader dans le milieu du couvre-plancher et de la construction, ma première réaction a été de me demander :

« Mais qu’est-ce que je vais bien pouvoir raconter ? »

Parce que dans ma tête, je ne me suis jamais vraiment définie comme une « femme dans un milieu d’hommes ».

Je me suis toujours définie comme une leader authentique. Quelqu’un qui s’implique. Qui travaille dur. Qui persévère et qui cherche des solutions. Une fille positive mais avec les deux pieds sur terre. Réaliste. 

Je suis une « achiever » aussi, j’aime régler mes dossiers, je les tiens jusqu’à la fin et je ne crains pas d’adresser les situations quand c’est nécessaire en cours de route. 

Je n’ai pas toujours toutes les réponses. Mais j’ai le réflexe de les chercher. Je suis organisée et je fais ce qu’il faut pour ne rien oublier. 

Parce qu’aujourd’hui, tout va tellement vite. Il faut absolument être organisé et proactif pour diriger une entreprise. 

Il faut aussi assurer une présence. Une présence sincère. Être capable de s’en rendre compte quand quelqu’un dans l’équipe traverse une épreuve. Faire preuve d’écoute, d’empathie et être un pilier pour nos équipes. 

Faire preuve d’humilité aussi c’est important et accepter de recevoir des critiques. Se remettre en question constamment et donner toujours le meilleur de soi. 

100 ans de chemin parcouru

Je trouve fascinant de regarder le chemin parcouru par les femmes sur le marché du travail durant les derniers 100 ans. Et 100 ans, c’est tellement court par rapport à l’humanité. 

En 1926, les femmes québécoises à travailler représentaient environ 25%. Elles étaient majoritairement célibataires. Gagnaient 20 à 40 % moins cher qu’un homme pour un poste similaire. Les femmes travaillaient dans des usines sinon elles étaient servantes, couturières, secrétaires, vendeuses, enseignantes ou infirmières.

C’était le réveil des mouvements féministes. On commençait à réclamer le droit de vote. 

Quand on pense à ce que les femmes ont dû démontrer, prouver et parfois même sacrifier pour être reconnues professionnellement, on réalise tout le chemin parcouru depuis 100 ans. Et aujourd’hui c’est tellement mieux, mais je pense qu’il reste quelque chose de très important à faire :

Continuer de normaliser la présence des femmes partout où elles ont envie d’être et où elles ont les compétences clés pour performer. Il n’y a pas de limite pour aucune personne, quel que soit son sexe, la définition qu’elle fait d’elle-même ou ses orientations.

Et pour moi, ça passe par quelque chose de très simple : Je ne veux pas être reconnue parce que je suis une femme. Je veux être reconnue parce que je suis compétente dans ce que je fais. Parce que j’apporte une culture positive et des résultats. 

Et je veux vivre dans un environnement où c’est exactement la même chose pour tout le monde.

Que ce soit notre savoir-faire, notre savoir-être, notre attitude, notre capacité à collaborer, à résoudre des problèmes et à faire avancer les projets qui parlent pour nous.

Et honnêtement… J’ai la chance de travailler dans une entreprise où je sens que c’est possible. De collaborer avec une équipe exceptionnelle, passionnée, professionnelle et dédiée à faire en sorte que l’expérience soit positive pour nos clients, nos employés, nos fournisseurs, nos sous-traitants, etc. 

45 000 pieds carrés de leçons

Une expérience qui a énormément contribué à façonner la professionnelle que je suis aujourd’hui, c’est l’agrandissement de l’entrepôt de Centura Québec. Ça a été une expérience incroyable. Déjà en entrevue mon Directeur Général m’en parlait. Il voulait mener ce projet directement dans ma première année d’embauche et j’étais complètement motivée ! Je dois vous dire que je ne suis pas fâchée que nous ayons finalement débuté le projet un an plus tard. L’expérience avait déjà fait son chemin et je pouvais me rendre davantage disponible. 

Parce que oui, 45 000 pieds carrés d’agrandissement d’entrepôt, dit comme ça, ça sonne très beau. 

Un grand projet mais SIMPLE. De la croissance. De beaux plans. Des échéanciers. De la coordination.

Sur papier, tout est parfait. Dans la réalité… Disons simplement que la coordination de chantier était un peu moins parfaite. Pour être diplomate…

Et c’est là que j’ai appris une de mes plus grandes leçons professionnelles :

Il arrive un moment où il faut arrêter d’attendre que quelqu’un règle le problème.

Il faut se lever. Aller sur le terrain. Poser des questions. Faire des appels. Faire des suivis. Relancer. Encore. Et encore.

Et il faut être capable de garder son calme quand, intérieurement, on se demande :

« Mais voyons donc… comment est-ce qu’on est arrivés là ? »

Alors je me suis impliquée. Beaucoup plus que ce qui était probablement prévu.

Je me suis retrouvée sur le chantier, au milieu de gens qui avaient leurs propres façons de travailler, leurs propres expertises, leurs propres priorités.

Et j’ai appris. Énormément.

J’ai appris sur la construction. Sur la coordination. Sur les imprévus. Sur la communication. Sur la patience. Sur la gestion des urgences.

Mais surtout, j’ai appris quelque chose sur moi.

Je suis capable de fonctionner dans le chaos. Je suis capable de prioriser parmi des priorités. 

Et parfois même… J’y suis étonnamment confortable.

Les gars de chantier

Et il y avait les gars de chantier. Et je tiens à parler d’eux parce que cette partie de mon histoire est importante.

Parce qu’on pourrait facilement raconter cette expérience comme une histoire de femme qui arrive dans un monde d’hommes et qui doit s’imposer. Mais ce n’est pas comme ça que je l’ai vécue.

Au début, évidemment, il fallait créer une relation. Ils devaient savoir qui j’étais. Ils devaient comprendre comment je fonctionnais. Et moi aussi, je devais comprendre comment eux fonctionnaient.

Mais rapidement, quelque chose s’est installé. Une confiance. Une complicité. Et beaucoup d’humour.

Parce qu’un chantier sans humour… Je pense que personne ne survivrait.

Et tranquillement, ils ont compris une chose :

Si tu viens me voir avec une question, je vais faire mon possible pour te répondre. Et si je n’ai pas la réponse ? Je vais la trouver. Et si je te dis que je vais faire un suivi ? Je vais faire le suivi.

Et je pense que c’est là que la véritable crédibilité s’est installée. Pas parce que j’étais une femme. Pas parce que j’essayais de démontrer que j’étais capable. Simplement parce que j’étais fiable.

J’étais présente. J’étais engagée. Et je faisais mon travail. 

Prendre sa place

Et ça, je pense que c’est une chose que j’aimerais vraiment transmettre aux femmes de notre industrie.

Vous n’avez pas besoin de devenir quelqu’un d’autre pour être crédibles. Vous n’avez pas besoin de parler plus fort que tout le monde. Vous n’avez pas besoin d’adopter une personnalité qui ne vous ressemble pas.

Soyez vous-mêmes. Mais soyez préparées. Soyez curieuses. Soyez capables. Soyez présentes.

Et surtout… N’ayez pas peur de prendre votre place.

Parce que prendre sa place, ce n’est pas prendre la place de quelqu’un d’autre. C’est simplement accepter que la vôtre existe.

Je pense aussi que notre génération de femmes a une responsabilité. Nous avons bénéficié du travail de celles qui sont venues avant nous.

Des femmes qui ont dû être beaucoup plus courageuses que nous. Des femmes qui ont ouvert des portes qui n’étaient pas toujours ouvertes. Des femmes qui ont parfois dû travailler deux fois plus fort pour obtenir la moitié de la reconnaissance.

Aujourd’hui, notre rôle est de continuer à ouvrir ces portes, et de ne pas les refermer derrière nous.

Parce qu’une femme qui réussit seule, c’est formidable. Mais une femme qui réussit et qui fait en sorte que d’autres femmes réussissent après elle… Que son ÉQUIPE DIVERSIFIÉE réussisse… Ça, c’est du leadership.

Le leadership, autrement

Et je pense que le leadership, justement, est souvent mal compris.

On pense au leader comme à la personne qui est devant. Celle qui donne les directions. Celle qui prend les décisions. Celle qui a le dernier mot.

Mais avec les années, ma définition du leadership a changé. Pour moi, être une leader, c’est aussi savoir écouter.

C’est reconnaître que je ne suis pas la personne la plus compétente dans toutes les pièces où j’entre. Et ça, c’est important.

Parce que sur un chantier, il y a des gens qui savent des choses que je ne sais pas. Ici, chez Centura, il y a des dizaines de personnes qui en savent plus que moi. 

Et je peux apprendre d’eux. Je peux leur poser des questions. Je peux reconnaître leur expertise. Et en retour, eux peuvent compter sur mon expertise.

C’est ça, une équipe. Ce n’est pas une question de savoir qui est au-dessus de qui. C’est de savoir comment chacun peut contribuer à faire avancer le projet, l’entreprise. 

Et aujourd’hui, quand je regarde mon équipe de travail — toutes ces personnes avec qui je travaille au quotidien — je pense que c’est probablement ce qui me rend le plus fière.

Parce que le leadership, ce n’est pas seulement ce que j’accomplis moi. C’est surtout ce que nous accomplissons ensemble.

Les projets que nous avons menés. Les problèmes qu’on a réglés. Les journées où tout allait bien. Et celles où absolument rien n’allait comme prévu.

Ce sont aussi les conversations dans les corridors. Les appels urgents. Les « as-tu deux minutes ? » qui deviennent finalement 45 minutes.

Les décisions prises rapidement. Les erreurs. Les apprentissages. Les victoires.

Et toutes ces petites choses qui, mises ensemble, construisent une culture de travail.

Et c’est là que je reviens à quelque chose qui me tient vraiment à cœur. Le savoir-faire et le savoir-être.

Parce que dans mon parcours, j’ai réalisé qu’avoir des compétences, c’est essentiel. Mais savoir travailler avec les autres… Ça change tout.

Être fiable. Être respectueux. Être capable de dire « je ne sais pas ». Être capable de dire « je me suis trompée ». Être capable de reconnaître le travail de quelqu’un. Être capable de prendre une décision difficile. Être capable de rire quand la journée est complètement folle. Être capable de rester humain.

Pour moi, c’est ça aussi, le leadership. Et je pense sincèrement que c’est ça qui va continuer à faire évoluer nos milieux de travail.

Parce que le monde du travail change. Et les femmes changent avec lui.

Mais je ne pense pas que notre objectif devrait être de faire disparaître les différences entre les hommes et les femmes. Au contraire.

Je pense que notre force vient justement du fait que nous sommes différents. Nous avons différentes façons de réfléchir. De communiquer. De gérer. De résoudre les problèmes.

Et quand on met toutes ces différences ensemble, on obtient quelque chose de beaucoup plus puissant. Une équipe.

Celles qui viendront après nous

Alors, si je devais résumer mon parcours en quelques mots aujourd’hui, je dirais ceci :

Je n’ai jamais voulu entrer dans un milieu d’hommes pour leur démontrer que j’étais capable.

J’ai voulu entrer dans un milieu professionnel pour y apporter ce que j’avais à offrir.

Et parfois, j’ai dû me battre un peu plus. Parfois, j’ai dû m’impliquer beaucoup plus. Et parfois, j’ai dû faire mes preuves.

Mais avec le recul, je ne changerais rien. Même pas les journées difficiles. Parce que chacun de ces moments m’a permis de devenir la professionnelle et la femme que je suis aujourd’hui.

Et si je pouvais laisser une seule chose aux femmes qui liront ces lignes, ce serait celle-ci :

Ne demandez pas la permission de prendre votre place. Prenez-la.

Pas en écrasant quelqu’un. Pas en essayant de devenir quelqu’un que vous n’êtes pas. Mais en étant tellement authentiquement vous-mêmes que votre compétence, votre passion et votre engagement deviennent impossibles à ignorer.

Nous sommes en train de construire la place de celles qui viendront après nous.

C’est peut-être ça, finalement, les Elles de la construction.

 

Par Catherine Martineau
Directrice, succursale Centura Québec

 

Les Elles de la construction remercient chaleureusement Catherine Martineau d’avoir accepté de partager ce texte, ainsi que Centura pour son accueil généreux lors de cette soirée.

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